La gamification est-elle synonyme d’apprentissage ?

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La gamification est un anglicisme qui désigne l’utilisation du jeu dans des domaines autres que celui du divertissement (l’instruction, l’entreprise, les relations sociales, etc.). Dans cet article, nous donnons une définition de la gamification, nous présentons son utilisation historique en pédagogie et tentons de mettre en perspective son avenir.

La gamification (ou l’apprentissage ludique) : définition et synonymes

La gamification est un anglicisme qui désigne l’utilisation du jeu dans des domaines autres que celui du divertissement (l’instruction, l’entreprise, les relations sociales, etc.).

  • Définition de la gamification : c’est est un anglicisme qui désigne l’utilisation du jeu vidéo à des fins didactiques, managériales ou encore de marketing. La gamification permettrait d’augmenter l’acceptabilité et l’usage de ses diverses applications en capitalisant sur la prédisposition intrinsèque de l’être humain au jeu.
  • Synonyme de la gamification : ou “ludification” en retranscription française, l’apprentissage par le jeu ou l’apprentissage dans une approche ludique sont les deux expressions qui sémantiquement s’en rapprochent le plus. Le terme “gamification” n’est pas encore reconnu officiellement par l’académie française.

Le jeu et l’enseignement : une histoire ancienne

 « L’enfant qui ne joue pas est un enfant malade. L’enfant empêché de jouer devient malade, de corps et d’esprit. » source.

Le jeu en tant que moyen d’apprentissage est appréhendé différemment en fonction du niveau scolaire. En entrant en maternelle, le mot d’ordre est le jeu. Les élèves jouent en permanence et les apprentissages passent par cela. 

Toutefois, dès l’élémentaire, la place du jeu en classe est amoindrie et les élèves ne jouent la plupart du temps qu’à la récréation. A partir du collège, les jeux deviennent exceptionnels et limités à des événements de fin d’année par exemple. 

Pourtant, de nombreuses études démontrent l’utilité du jeu dans les mécanismes d’apprentissage. Platon écrivait à ce sujet en s’adressant à ses disciples : « N’use pas de violence dans l’éducation des enfants, mais fais en sorte qu’ils s’instruisent en jouant : tu pourras par-là mieux discerner les dispositions naturelles de chacun ».

Le jeu est encore très présent dans les stratégies éducatives jusqu’aux périodes d’industrialisation. En Occident, le fonctionnalisme devient prépondérant. La valeur des objets devient réduite à son utilité première, or le jeu a une fonction de divertissement avant tout. Il perd donc petit à petit son rôle éducatif. 

Au début du XXème siècle, le jeu est enfin réhabilité pour ses vertus pédagogiques. Les travaux de Claparède, en 1916 ont largement contribué à redorer les jeux aux yeux des pédagogues. Puis, les travaux de Célestin Freinet ont également été un tournant dans le sens où il s’agissait d’insuffler à l’école l’enthousiasme, la créativité et la découverte, par le jeu.

Aujourd’hui, Sivasailam Thiagarajan est le grand spécialiste des jeux pour l’entreprise et l’enseignement. Il estime ainsi que :

  • tout peut être enseigné avec des jeux 
  • qu’on peut concevoir un jeu d’apprentissage rapidement et à un coût quasiment nul 
  • que l’utilisation de jeux rend tout apprentissage motivant, efficace et plaisant.

 

Les jeux et l’enseignement de nos jours

L’utilisation des mécaniques de jeu au sein de l’institution de l’éducation nationale est en évolution. On note une plus grande place de l’enseignement des jeux en mathématiques dans les INSPE, pour les professeurs des écoles. Pour les professeurs de collège, en mathématiques, on note également des évolutions motivées par le grand désengagement des élèves. Le jeu répond alors avant tout à un besoin de motivation et de sensibilisation des plus jeunes aux développements des connaissances scientifiques. 

La question reste posée pour les autres matières dans le programme scolaire. Les jeux existent pourtant, dans le commerce ou sur internet, en français, en histoire et dans d’autres disciplines. Des professeurs expérimentés mettent également à disposition, en ligne, gratuitement sur des blogs différents types de jeux (multiplication des quizz, des jeux en réseau, des jeux de rôle, des serious games, du jeu libre ou du jeu dirigé, etc.).

Dans le monde de la formation professionnelle, de plus en plus, la gamification est utilisée pour maintenir et fidéliser les apprentis grâce notamment à un système de points et de nombreuses activités ludiques. On parle par exemple de micro-learning, ou de micro-doing. La gamification de la formation est un levier de développement essentiel sur le long terme des acteurs de l’éducation, en particulier des acteurs du numérique. Ils sont d’ailleurs de plus en plus à développer et opérer une stratégie de gamification de leurs contenus existants.

Témoignage : “les escape games sont des outils pédagogiques flexibles et puissants”

Sara C est professeure des écoles. Elle utilise régulièrement des mécanismes de jeu (type : escape game) pour faciliter l’instruction de ses élèves. Elle nous livre son témoignage.

“Avec mes classes, je n’hésite pas à mettre en place des escape games avant chaque vacances scolaires. En effet, les élèves sont peu concentrés à ce moment-là de l’année et c’est l’occasion de réviser les notions vues en classe de façon ludique. Pour commencer, j’ai utilisé des escape game trouvés sur internet ou achetés.

Puis j’ai pris le temps de construire mes propres escape game pour être plus proche des apprentissages et du niveau de mes élèves. L’idée de ces jeux est de faire jouer les élèves dans la classe et de les faire résoudre des énigmes par groupe de 3 à 5 ; les groupes d’élèves sont ainsi en concurrence. Elle stimule différents types d’intelligence notamment sociale. 

De plus, les élèves doivent coopérer ensemble au sein d’un groupe pour réussir à résoudre les énigmes. Le groupe ayant trouvé en premier la solution à la dernière énigme trouve la récompense cachée dans la classe et selon, on peut choisir de récompenser uniquement le groupe gagnant ou toute la classe. Je suis personnellement partisane d’une récompense pour tout le groupe/classe, mais cela peut dépendre du public scolaire.

Pour finir, j’aimerais ajouter que les escape game ont permis, à chaque fois, une amélioration de la coopération entre les élèves et cela même au-delà du cours de mathématiques. A la rentrée, je compte instaurer des escape games également en milieu de période, pour pouvoir non pas réviser des notions mais bien approfondir des éléments du programme ! »

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